L'histoire ne s'écrit pas qu'avec les grands hommes

Elle s'écrit souvent avec les guerres, les présidents, les grandes dates et les crises. Pourtant, la vie réelle se niche aussi dans des carnets.

Une adolescente qui raconte son lycée, un homme qui cache son homosexualité, une femme qui évoque une douleur familiale, un exilé qui retrace son parcours, une personne âgée qui écrit pour ne pas disparaître : voilà une autre archive de la société.

Un patrimoine inattendu

À Ambérieu-en-Bugey, commune de l'Ain d'environ 16 000 habitants, l'Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA), fondée en 1992, recueille des textes personnels non publiés.

Plus de 4 600 journaux et ego-documents sont conservés dans un local de la zone industrielle : carnets, lettres, journaux, récits personnels.

Le contrat de don

Les déposants sont souvent des descendants qui ne savent pas quoi faire des carnets d'un parent. D'autres sont les auteurs eux-mêmes.

Le déposant peut expliquer ce que contiennent les documents et pourquoi il les donne. Il peut aussi en limiter l'accès pendant 5, 10, 20 ou 50 ans.

Cette possibilité est essentielle : les journaux intimes contiennent parfois des secrets familiaux, des récits de violences, des colères, des histoires d'identité ou de honte. Archiver l'intime demande une éthique.

Lire, pas seulement stocker

Sept groupes de lecture répartis en France lisent les textes et rédigent un « écho de lecture », transmis au diariste ou à ses ayants droit.

Le texte personnel reçoit ainsi une reconnaissance. Quelqu'un l'a lu, compris, accueilli. L'intime devient partagé sans devenir immédiatement public.

Quelques trésors du fonds

Les classeurs d'Ellen M., Américaine née en 1944, qui raconte son « éveil spirituel » à 57 ans dans des pages remplies de dessins, plans et collages.

Les carnets d'Ariane Grimm, pseudonyme d'Annick M., qui commence à écrire à 7 ans et demi et meurt à 18 ans dans un accident de moto. Ses derniers journaux ont été publiés sous le titre La Flambe, avec un texte d'Annie Ernaux.

Ou encore ceux de Mostafa M., Syrien né en 2006, qui raconte son parcours d'Idlib à l'île d'Oléron.

Les archives ne sont pas qu'administratives

Elles sont humaines. Elles permettent aux historiens, sociologues, linguistes ou écrivains de comprendre les vies ordinaires, les émotions, les mots d'une époque, les silences familiaux.

C'est aussi un formidable sujet de médiation : comment conserver la parole intime sans la trahir ? Comment numériser sans exposer ? Comment transmettre sans voyeurisme ?

La capitale de l'autobiographie n'est pas une capitale de marbre. C'est un lieu discret où des vies entières attendent d'être lues.

Ce que cela éclaire pour les BTS AURLOM

Filière BTSCe que cela permet d'éclairer
BTS ÉditionRécits personnels, manuscrits, droits et valorisation éditoriale.
BTS CommunicationMédiation culturelle, récit de mémoire, valorisation d'un fonds documentaire.
BTS SAMArchivage, classement, contrats de don, confidentialité.
BTS SIONumérisation, bases de données, accès sécurisé aux documents.
BTS CJNDroit de la vie privée, droits des ayants droit, délais de consultation.
BTS SP3SRécits de trauma, vulnérabilité, reconnaissance de la parole.
BTS TourismePatrimoine local, lieux de mémoire, visites culturelles.

Lecture concours / entretien

  • Pour comprendre la valeur des archives ordinaires.
  • Pour parler de mémoire, de confidentialité et de transmission.
  • Pour relier culture, social et droit.
  • Pour montrer qu'un document intime peut devenir une source historique.
  • Pour enrichir un oral avec un exemple original et humain.

Question type concours

Les vies ordinaires méritent-elles d'être conservées comme patrimoine ?

Mini plan de réponse :

  1. Les journaux intimes donnent accès à une histoire sensible.
  2. Leur conservation exige une éthique de la confidentialité.
  3. Leur valorisation permet de mieux comprendre les sociétés.

À retenir

  • L'APA est fondée en 1992.
  • Plus de 4 600 journaux et ego-documents sont conservés.
  • Certains textes peuvent rester fermés pendant 5 à 50 ans.
  • Les groupes de lecture rédigent des échos de lecture.
  • La mémoire collective se construit aussi avec les récits ordinaires.