L’INSEAD vient de franchir une étape majeure dans la transformation de son campus historique de Fontainebleau. Inaugurée le 24 août 2026, la Tour Desmarais est l’une des premières réalisations du programme Europe Campus Re-imagination, un chantier de 300 millions d’euros appelé à remodeler en profondeur le campus d’ici 2033.
Au-delà de l’architecture, le projet traduit une évolution plus large de l’enseignement du management, où salles de cours, espaces collaboratifs, technologies, recherche, entrepreneuriat et vie de campus doivent fonctionner comme un même écosystème.
À Fontainebleau, l’INSEAD ne construit donc pas un nouveau campus. L’école a fait un choix plus complexe : transformer son site historique sans perdre ce qui constitue son identité.
La Tour Desmarais devient le nouveau cœur du Master in Management
Avec une surface de 2 198 m², la Tour Desmarais devient le principal pôle d’enseignement des programmes dits pré-expérience de l’INSEAD, c’est-à-dire destinés en priorité à des étudiants encore au début de leur parcours professionnel.
Le premier programme concerné est le Master in Management (MIM). L’objectif est de proposer aux étudiants un environnement spécifiquement pensé pour leurs nouvelles manières d’apprendre : enseignement collectif, travaux en petits groupes, coaching, rencontres informelles et travail collaboratif.
La Tour comprend notamment deux amphithéâtres de 100 places, différents espaces de travail en groupe et de nombreux lieux permettant aux étudiants, enseignants et chercheurs de se rencontrer plus facilement.
Ce dernier point est loin d’être anecdotique. Dans la conception du nouveau campus, une partie de l’apprentissage doit précisément se produire en dehors de la salle de cours : dans une salle de travail, autour d’un café, lors d’un échange avec un professeur ou au détour d’une discussion entre étudiants venus de pays différents.
C’est finalement l’une des idées centrales du projet : faire du bâtiment lui-même un outil pédagogique.
Verre, brique et lumière : Jean-Michel Wilmotte réinterprète le campus historique
La restructuration architecturale a été confiée à Wilmotte & Associés, qui intervient sur plusieurs bâtiments du campus historique imaginé à l’origine par l’architecte Bernard de La Tour d’Auvergne.
Plutôt que d’effacer l’architecture existante, Jean-Michel Wilmotte et ses équipes ont choisi d’en conserver plusieurs marqueurs. La structure métallique d’origine reste visible par endroits tandis que la brique de Vaugirard, caractéristique du campus, dialogue désormais avec de grandes surfaces vitrées.
L’intervention joue fortement sur la transparence et la lumière naturelle. Les nouvelles façades vitrées ouvrent davantage les bâtiments sur la forêt et réduisent symboliquement la séparation entre intérieur et extérieur.
À l’intérieur, la Tour s’organise autour d’un grand noyau central ouvert verticalement. Huit volumes cylindriques habillés de briques accueillent des espaces de travail plus intimistes et structurent les zones collectives.
Un nouvel escalier ouvert ainsi qu’un ascenseur améliorent les circulations et l’accessibilité, tandis qu’une coursive suspendue dessert les deux amphithéâtres.
Au nord et au sud, des balcons conçus comme de petits belvédères permettent de profiter de vues directes sur la forêt et les espaces paysagers.
Un bar, une cheminée et des espaces conçus pour provoquer les rencontres
Le parti pris est également très visible au rez-de-chaussée.
La Tour accueille un véritable espace social avec bar, points de boissons connectés et espaces de pause. Un ancien espace cheminée a également été conservé puis réinterprété.
Ce détail résume assez bien la philosophie du projet : l’INSEAD ne cherche pas seulement à disposer d’amphithéâtres plus modernes. L’école veut créer des lieux où étudiants, professeurs et intervenants ont envie de rester, de discuter et de travailler ensemble.
Cette logique correspond particulièrement à la culture historique de l’INSEAD. L’établissement accueille des promotions extrêmement internationales et a construit une grande partie de son modèle pédagogique autour de la confrontation des expériences, des nationalités et des cultures.
Dans ce contexte, un hall, un café ou un espace de travail partagé peuvent presque compter autant qu’une salle de cours.
Le Garden Building complète ce nouveau pôle étudiant
À quelques mètres de la Tour Desmarais, le Garden Building a lui aussi été entièrement repensé.
Ses 1 360 m² accueillent notamment des salles destinées au coaching, aux entretiens et au travail en petits groupes, ainsi que plusieurs services destinés aux étudiants.
Des équipes auparavant dispersées sur le campus sont ainsi regroupées dans un même bâtiment afin de faciliter l’accompagnement et les démarches quotidiennes.
La Tour Desmarais et le Garden Building forment donc davantage qu’un ensemble architectural : ils constituent un hub consacré à l’apprentissage, au travail collectif et à l’expérience étudiante.
Un campus de 56 000 m² appelé à évoluer jusqu’en 2033
Ces deux premières réalisations ne représentent qu’une fraction d’un chantier beaucoup plus vaste.
Le programme Europe Campus Re-imagination porte sur les 56 000 m² du campus de Fontainebleau. Le masterplan concerne une vingtaine de bâtiments et doit se déployer en six grandes phases sur environ dix ans.
La deuxième phase doit être achevée en 2029 et l’ensemble du programme doit se poursuivre jusqu’en 2033.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Investissement global | 300 M€ |
| Période du programme | 2023-2033 |
| Nombre de phases | 6 |
| Surface du campus de Fontainebleau | 56 000 m² |
| Surface de la Tour Desmarais | 2 198 m² |
| Surface du Garden Building | 1 360 m² |
| Inauguration de la Tour Desmarais | 24 août 2026 |
| Prochaine grande échéance | 2029 |
La difficulté consiste à mener cette transformation sans interrompre la vie académique. Les travaux sont donc organisés bâtiment par bâtiment et par séquences successives afin de maintenir cours, programmes de formation continue, recherche et vie étudiante pendant toute la durée du chantier.
Derrière les bâtiments, une nouvelle conception du campus
Le projet est particulièrement intéressant parce qu’il traduit une évolution de fond dans la manière dont les grandes business schools pensent désormais leurs campus.
Pendant longtemps, l’essentiel était relativement simple : disposer d’amphithéâtres, de salles de travail, de bureaux pour les enseignants et de lieux de restauration.
Le cahier des charges est aujourd’hui beaucoup plus vaste.
À Fontainebleau, l’INSEAD veut construire un campus où se rencontrent enseignement, recherche, innovation, entrepreneuriat, technologie, sociabilité et bien-être.
Le masterplan prévoit ainsi plusieurs futurs ensembles : espaces académiques et de recherche, nouveaux lieux d’enseignement, zones consacrées à l’innovation et à l’entrepreneuriat, espaces de rencontre, équipements dédiés au bien-être ainsi qu’une meilleure intégration des outils numériques dans l’ensemble du parcours étudiant.
L’établissement utilise à ce titre la notion de campus phygital, où expérience physique et services numériques doivent se prolonger l’un l’autre.
La forêt de Fontainebleau placée au centre du projet
Une autre particularité différencie fortement le projet de nombreux campus urbains : sa relation avec la nature.
Le campus européen de l’INSEAD s’étend sur environ huit hectares en bordure de la forêt de Fontainebleau. Les premiers étudiants s’y sont installés à l’automne 1967, avant l’inauguration officielle des bâtiments en mai 1969.
Près de soixante ans plus tard, l’école veut désormais faire de cette implantation un élément beaucoup plus actif de l’expérience du campus.
Les perspectives sur la forêt sont dégagées, les surfaces vitrées multipliées et les espaces de travail rapprochés des zones paysagères. Le futur campus doit également intégrer jardins, cheminements et espaces de repos afin de renforcer cette relation avec l’environnement naturel.
Le mot d’ordre n’est donc plus seulement d’avoir un campus à côté de la forêt, mais de concevoir progressivement un véritable campus forestier.
Géothermie, photovoltaïque et réemploi des bâtiments existants
La transformation comporte également un important volet environnemental.
Plutôt que de démolir systématiquement les constructions existantes pour repartir de zéro, l’INSEAD privilégie autant que possible leur rénovation et leur réemploi. Cette stratégie doit notamment permettre de limiter le carbone incorporé dans les nouveaux bâtiments.
Le programme prévoit également le recours à la géothermie, au photovoltaïque, à des matériaux à plus faible impact environnemental et à différents dispositifs d’amélioration de l’efficacité énergétique.
L’école inscrit cette rénovation dans une politique environnementale plus large. Son projet de campus doit contribuer à la construction d’un site plus résilient sur le long terme.
Il s’agit donc de moderniser un campus conçu pour l’enseignement supérieur des années 1960 et 1970 sans reproduire un modèle immobilier particulièrement consommateur de ressources.
Comment l’INSEAD finance un chantier de 300 millions d’euros
Un investissement de cette ampleur suppose également un montage financier important.
En janvier 2024, la Banque européenne d’investissement (BEI) a accordé à l’INSEAD un prêt de 60 millions d’euros destiné à soutenir la modernisation et l’expansion durable du campus de Fontainebleau.
À ce financement institutionnel s’ajoute une forte mobilisation philanthropique des diplômés et partenaires de l’école.
En janvier 2025, l’Octapharma Foundation a notamment annoncé un don de 20 millions d’euros, rendu possible par Wolfgang Marguerre, diplômé du MBA en 1972.
Un autre diplômé, Julien Firmenich MBA’08J, a apporté 5 millions d’euros au projet. Un futur bâtiment, le Firmenich Advanced Education Centre, portera son nom.
Le choix du nom Tour Desmarais s’inscrit dans cette même tradition philanthropique. Il rend hommage au soutien de Paul Desmarais MBA’79 et de sa famille au projet de transformation du campus.
Paul Desmarais, un lien ancien avec l’INSEAD
Paul Desmarais est président du conseil d’administration de Power Corporation du Canada et diplômé du MBA de l’INSEAD en 1979.
Son soutien dépasse donc la seule construction d’un bâtiment. Pour la famille Desmarais, le projet doit contribuer à créer des espaces favorisant davantage les échanges entre disciplines, cultures et générations.
Cette dimension est particulièrement importante pour l’INSEAD, dont le modèle repose historiquement sur la diversité internationale de ses promotions.
Le campus devient dans cette perspective une sorte d’infrastructure invisible de la pédagogie : plus un bâtiment facilite les rencontres, plus il multiplie les occasions d’apprendre les uns des autres.
Préparer l’INSEAD aux décennies à venir
Pour Francisco Veloso, doyen de l’INSEAD, cette première livraison doit être comprise comme le début d’une transformation beaucoup plus profonde.
Il souligne notamment l’importance de préserver le caractère historique du campus tout en créant des espaces mieux adaptés aux futurs étudiants et dirigeants. L’environnement de Fontainebleau doit continuer à favoriser l’apprentissage, la collaboration et la circulation des idées, trois dimensions que l’école considère comme constitutives de son identité.
Le défi est assez clair : moderniser fortement sans banaliser.
Car si l’INSEAD cherche à se doter des infrastructures pédagogiques et technologiques d’une grande business school mondiale du XXIe siècle, elle veut dans le même temps conserver ce qui distingue Fontainebleau de campus beaucoup plus récents : son histoire, son architecture et sa proximité immédiate avec la forêt.
Fontainebleau reste l’ancrage historique d’une école devenue mondiale
La transformation intervient alors que l’INSEAD est depuis longtemps devenu une institution mondiale.
À partir de son implantation historique française, l’école a développé une présence en Asie à Singapour, au Moyen-Orient à Abou Dhabi et en Amérique du Nord à San Francisco.
Elle compte aujourd’hui environ 165 enseignants-chercheurs issus de plus de 40 pays et accueille chaque année plus de 1 300 étudiants dans ses programmes diplômants, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers de dirigeants participant à ses programmes de formation continue.
Dans cet ensemble international, Fontainebleau conserve pourtant un statut particulier : celui du campus fondateur.
C’est précisément ce qui rend le chantier stratégique. L’objectif n’est pas simplement de disposer de bâtiments plus récents, mais de faire en sorte que le campus qui a accompagné le développement de l’INSEAD pendant près de soixante ans puisse continuer à jouer ce rôle pour les prochaines décennies.
Un mouvement plus large chez les grandes business schools
L’investissement de 300 millions d’euros peut sembler considérable. Il s’inscrit pourtant dans une tendance de fond observable dans l’enseignement supérieur international.
Face au développement des cours en ligne et de l’intelligence artificielle, les écoles auraient pu considérer le campus physique comme moins essentiel. Elles font souvent le pari inverse.
Plus les contenus académiques deviennent accessibles numériquement, plus la valeur du campus se déplace vers ce que le numérique reproduit difficilement : rencontrer un professeur, travailler avec cinq étudiants de cinq nationalités, développer un projet, débattre, créer un réseau et participer à la vie d’une communauté.
À Fontainebleau, l’architecture devient ainsi une composante de la proposition pédagogique de l’INSEAD.
La Tour Desmarais en est la première manifestation spectaculaire.
Ce qu’il faut retenir
Avec l’inauguration de la Tour Desmarais le 24 août 2026, l’INSEAD donne une première traduction concrète à son vaste programme Europe Campus Re-imagination.
Le projet représente 300 millions d’euros d’investissement jusqu’en 2033 et doit transformer progressivement les 56 000 m² du campus de Fontainebleau en six phases.
La Tour Desmarais, d’une superficie de 2 198 m², devient notamment le nouveau pôle du Master in Management et des programmes pré-expérience. Avec le Garden Building voisin, elle réunit amphithéâtres, espaces collaboratifs, salles de travail, coaching, services étudiants et lieux de rencontre informels.
Mais l’enjeu réel va au-delà des mètres carrés.
En rapprochant enseignement, recherche, technologie, entrepreneuriat, vie étudiante et nature, l’INSEAD cherche à redéfinir ce que doit être un campus de business school à l’heure où une partie croissante de l’apprentissage peut précisément se faire sans campus.
Le paradoxe est peut-être là : au moment où le numérique permet d’apprendre presque partout, l’INSEAD investit 300 millions d’euros pour démontrer que le lieu où l’on apprend compte encore énormément.




