Le placement en redressement judiciaire de l'enseigne historique du boulevard Saint-Michel illustre la fragilité du commerce du livre face aux plateformes et au recul de la lecture. Une question qui touche directement les futurs professionnels du commerce, de l'édition et de la culture.
Une institution en redressement
En début de semaine, le célèbre groupe de librairies Gibert Joseph, qui compte quelque 500 employés et exploite seize magasins dans douze villes à travers l'Hexagone, a demandé son placement en redressement judiciaire. Le tribunal des affaires économiques de Paris a accepté cette demande quelques jours plus tard. En cause : la baisse constante de la lecture, l'explosion des coûts fixes et la crise du marché des livres neufs, dont les marges restent limitées par la loi sur le prix unique du livre - en vigueur depuis 1982.
La « première librairie indépendante de France », fondée en 1886 et installée du 26 au 34 boulevard Saint-Michel à Paris, mise sur « un virage stratégique autour du livre d'occasion, marché porteur qui connaît 10 % de croissance par an ». Mais le secteur est soumis à une vive concurrence des plateformes en ligne comme Rakuten, Momox ou même Vinted.
La lecture en recul, les écrans en hausse
Selon une étude publiée en avril 2025 par le Centre national du livre (CNL), le nombre de lecteurs réguliers recule (56 % des Français contre 61 % en 2023) et ils lisent moins qu'avant : 45 % le font tous les jours, contre 49 % en 2023. Dans le même temps, les écrans prennent une place croissante : les Français y consacrent en moyenne 3 h 21 par jour, soit près de 24 heures par semaine, contre seulement 31 minutes quotidiennes pour la lecture.
Michel Desmurget, docteur en neurosciences et auteur de Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital (Seuil), explique ce phénomène par le fonctionnement du système de récompense du cerveau : « Les écrans court-circuitent ce processus en multipliant les gratifications immédiates, fréquentes et imprévisibles, sans effort particulier. » La lecture, à l'inverse, requiert une attention soutenue mais offre un bénéfice intellectuel et émotionnel durable.
Une mobilisation politique et professionnelle
Au sein de la classe politique, des voix s'élèvent pour sauver le groupe. « C'est plus qu'une librairie, c'est une part de l'âme du boulevard Saint-Michel. Le risque est clair : voir disparaître nos librairies au profit d'enseignes standardisées », déplore Anouch Toranian, adjointe au maire PS de Paris, chargée des Commerces. « Les laisser tomber, c'est accepter que la culture devienne un luxe pour quelques initiés », plaide Agnès Evren, sénatrice LR de la capitale.
Côté profession, l'inquiétude est vive. « Depuis le début de l'année, on entend des librairies fermer et des confrères très inquiets, qui licencient ou qui arrêtent de se payer », alerte Alexandra Charroin-Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française. Le sociologue de la consommation Patrice Duchemin note de son côté que « de nombreux Français recherchent de la seconde main car les ouvrages neufs sont aujourd'hui trop chers, notamment en raison de l'explosion du coût du papier ».
Vocabulaire commercial et culturel à connaître
| Notion clé | Définition opérationnelle |
|---|---|
| Redressement judiciaire | Procédure ouverte à toute entreprise en cessation de paiement, visant à permettre la poursuite de l'activité. |
| Loi sur le prix unique du livre | Loi Lang de 1981 entrée en vigueur en 1982, fixant le prix du livre neuf et limitant les remises à 5 %. |
| Marché de l'occasion | Secteur en croissance reposant sur la revente de livres déjà acquis, mode d'accès économique à la lecture. |
| Coût fixe | Charge supportée par l'entreprise indépendamment de son volume d'activité (loyer, salaires, énergie). |
| Désintermédiation | Disparition d'un intermédiaire historique (librairie) au profit d'un canal direct (plateforme en ligne). |
Ce que cela éclaire pour les BTS Aurlom
| Filière BTS | Enjeu pédagogique concret |
|---|---|
| BTS Édition | Comprendre la chaîne du livre, le rôle des libraires et les modèles économiques alternatifs. |
| BTS COM | Construire une stratégie de communication pour relancer une enseigne historique. |
| BTS NDRC | Penser une fidélisation client par les événements, les communautés et les produits dérivés. |
| BTS MCO | Analyser un point de vente physique et son rapport au e-commerce concurrent. |
| BTS Comptabilité Gestion | Lire un dossier de redressement judiciaire et comprendre la structure de coûts d'un commerce culturel. |
Vigilances pour ne pas traiter le sujet superficiellement
Ne caricaturez pas en opposant simplement « librairies physiques » et « Amazon ». La réalité est plus complexe : le marché de l'occasion est en croissance, les plateformes spécialisées (Momox, Rakuten) bousculent la chaîne, et les libraires eux-mêmes investissent le numérique et l'événementiel. Patrice Duchemin parle de « réinvention » nécessaire, pas de mort annoncée.
Évitez aussi de présenter la baisse de la lecture comme une fatalité. Les stratégies individuelles existent : objectifs de pages quotidiennes, formats poche pour les déplacements, alternance entre ouvrages exigeants et lectures plus légères. La citation de Montesquieu, « Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé », rappelle l'utilité personnelle profonde de l'exercice.
Méthode pour l'oral
Présentez d'abord les chiffres-clés du dossier (500 employés, 16 magasins, fondé 1886, 10 % de croissance dans l'occasion). Évoquez ensuite les facteurs structurels (loi 1981, écrans, plateformes). Concluez sur ce que la profession peut faire pour se réinventer et sur l'opportunité que cela offre à un futur professionnel.
Exemple de réponse : « Le redressement judiciaire de Gibert Joseph, c'est l'occasion de réfléchir au modèle économique d'un commerce culturel : marges encadrées par la loi de 1981, concurrence des plateformes, baisse de la lecture. Pour un futur professionnel de l'édition ou du commerce, c'est un cas d'école : comment réinventer un point de vente historique en misant sur l'occasion, l'événementiel et la communauté de lecteurs ? »
« Les laisser tomber, c'est accepter que la culture devienne un luxe pour quelques initiés. »




