Le risque pays, une compétence stratégique
Dans un monde fragmenté, marqué par la guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis, les conflits comme ceux opposant l'Iran et Israël, ou les crises dans la région du Sahel et au Venezuela, toute entreprise dotée d'une activité internationalisée est impérativement tenue d'anticiper ses risques pays. Cet impératif n'est plus une simple précaution, mais une composante stratégique de la pérennité économique. Selon les analyses du baromètre risque 2024 de Coface, une référence majeure dans l'évaluation des risques pays, une proportion significative de 35 % des pays sur la planète est désormais classée à risque élevé ou très élevé. Ce chiffre représente une augmentation notable par rapport à 2019, où cette catégorie ne regroupait que 28 % des États. Cette évolution souligne une dégradation globale de l'environnement des affaires à l'échelle mondiale, accentuant la nécessité pour les décideurs d'intégrer pleinement ces paramètres dans leurs stratégies.
Les 4 catégories de risque qui pèsent sur l'entreprise
Pour mieux cerner cette complexité, les risques pays sont généralement catégorisés en quatre grands types, chacun pouvant impacter de diverses manières les opérations et les investissements des entreprises : 1. Risque politique : il englobe les menaces liées à l'instabilité gouvernementale, telles que les nationalisations imprévues, les coups d'État, l'imposition d'embargos commerciaux ou l'application de sanctions internationales. Ces événements peuvent entraîner des pertes directes ou indirectes pour les entreprises internationales.
- Risque économique : cette catégorie concerne les fluctuations macroéconomiques majeures, incluant la dévaluation monétaire, l'hyperinflation galopante, ou encore la mise en place de contrôles des changes qui peuvent entraver la libre circulation des capitaux et des profits.
- Risque sécuritaire : il se manifeste par des menaces directes sur la sécurité des biens et des personnes, comme le terrorisme, la criminalité organisée ou les conflits armés. Ces situations peuvent perturber les chaînes d'approvisionnement, la production et menacer la sécurité des collaborateurs expatriés.
- Risque juridique : ce risque est lié à l'instabilité du cadre légal et réglementaire, à la non-fiabilité des tribunaux locaux, à une législation des affaires changeante ou à des niveaux élevés de corruption. Une absence de cadre juridique solide et prévisible peut rendre les contrats incertains et les investissements vulnérables.
Les outils d'analyse au service de l'anticipation
Pour aider les entreprises à anticiper et à évaluer ces risques, divers outils d'analyse sont mis à disposition par des institutions financières et des agences spécialisées. Ces instruments fournissent des repères précieux pour la prise de décision : | Outil | Éditeur | Utilité | | :--- | :--- | :--- | | Baromètre pays | Coface, Euler Hermes | Score global A à D : évaluation synthétique de la situation économique et politique d'un pays. | | Country Risk Rating | S&P, Moody's, Fitch | Notation souveraine : évaluation de la solvabilité d'un État et de sa capacité à honorer ses dettes. | | Fragile States Index | Fund for Peace | Vulnérabilité étatique : indicateur de la capacité d'un État à maintenir la cohésion sociale et la sécurité. | | Corruption Perceptions Index | Transparency International | Corruption ressentie : mesure la perception des niveaux de corruption dans le secteur public par les experts et les milieux d'affaires. | | World Governance Indicators | Banque mondiale | 6 dimensions gouvernance : évalue la qualité de la gouvernance dans des domaines tels que la stabilité politique, l'efficacité gouvernementale et l'État de droit.
Les actions des entreprises matures face aux risques
Les entreprises qui ont intégré la géopolitique dans leur stratégie déploient des dispositifs robustes pour gérer et atténuer les risques pays. Cette maturité se traduit par :
- La création d'un Comité risque pays qui se réunit avec une revue trimestrielle. Ce comité est chargé de la veille, de l'analyse et de la mise à jour des stratégies d'atténuation des risques. Ses analyses sont souvent menées en collaboration avec des experts internes et externes.
- La diversification géographique des sourcing et des débouchés. En ne concentrant pas leurs approvisionnements ou leurs marchés sur une seule région, les entreprises réduisent leur exposition aux risques spécifiques d'un pays. Par exemple, après les perturbations de la chaîne d'approvisionnement mondiale en 2020-2022, de nombreuses entreprises, de la tech au secteur manufacturier, ont révisé leurs stratégies pour réduire leur dépendance vis-à-vis d'un seul partenaire ou d'une seule usine.
- La mise en place d'une Cellule sûreté dédiée aux expatriés, incluant des formations spécifiques aux zones à risque et des procédures d'extractions d'urgence. Des entreprises comme TotalEnergies ou Bolloré ont une expertise reconnue dans la gestion de la sécurité de leurs équipes à l'international.
- La souscription d'Assurance risques politiques auprès d'organismes comme Bpifrance Assurance Export ou Coface. Ces assurances couvrent des événements spécifiques tels que les expropriations, les guerres ou le non-paiement par des entités publiques étrangères.
- L'intégration de Clauses juridiques adaptées dans les contrats internationaux, telles que des clauses de force majeure ou des dispositions relatives aux sanctions internationales. Ces adaptations permettent de protéger les intérêts de l'entreprise en cas d'événements imprévus ou contraires à ses opérations.
Un exemple récent et onéreux du coût de la non-anticipation
Le retrait massif des entreprises occidentales de Russie à la suite du conflit ukrainien débuté en février 2022 a servi de rappel brutal et coûteux de l'importance de l'anticipation des risques géopolitiques. Ce mouvement a généré des dépréciations d'actifs et des pertes significatives, estimées à environ 60 milliards de dollars pour les 5 majors pétrolières et une sélection de grandes ETI françaises, dont des noms tels que Renault, Société Générale et TotalEnergies. Ces entreprises avaient pour une grande part des investissements substantiels en Russie. La rapidité et l'ampleur des sanctions internationales, ainsi que la riposte russe, ont pris de nombreuses organisations au dépourvu, car peu avaient pleinement anticipé un tel scénario avant l'année 2022, révélant parfois des lacunes criantes dans leurs matrices d'analyse des risques.
La boussole Aurlom
Chez Aurlom, nous sommes convaincus que la maîtrise des enjeux géopolitiques est devenue une compétence incontournable pour les futurs professionnels, quels que soient leur domaine d'études en BTS, DCG, ou Bachelors. L'environnement des affaires n'est plus uniquement local ou national ; il est intrinsèquement lié aux dynamiques mondiales. Comprendre ces mécanismes, c'est se donner les moyens d'anticiper, de s'adapter et de conseiller efficacement en entreprise. Un excellent dossier professionnel intègre systématiquement cette dimension de veille. Pour nos étudiants, cela signifie développer une curiosité incessante pour l'actualité internationale, aiguiser leur esprit critique et systématiser la recherche d'informations fiables.
Voici nos conseils concrets pour nos étudiants :
- Développer une veille stratégique quotidienne : suivez l'actualité internationale via des médias variés et de qualité pour affiner votre compréhension des tensions et des opportunités mondiales. Consacrez 15 à 20 minutes chaque jour à la lecture de revues de presse spécialisées ainsi qu'à des analyses pour comprendre les évolutions géopolitiques.
- Maîtriser les notions clés : intégrez dans votre culture générale les concepts de risque pays, de sanctions économiques, de diversification des chaînes d'approvisionnement et de localisation des productions. Ces éléments seront cruciaux pour vos examens, notamment à l'oral.
- Préparer minutieusement vos oraux et dossiers professionnels : lors des présentations orales ou de la rédaction de vos dossiers, montrez votre capacité à relier les théories de gestion aux réalités du monde. Citez des exemples concrets d'entreprises ayant réussi ou échoué face à des aléas géopolitiques.
- Analyser les études de cas sectorielles : utilisez les baromètres de risques et les analyses sectorielles pour comprendre comment les enjeux géopolitiques impactent des secteurs spécifiques (énergie, transport, luxe, technologie...). Cela enrichira considérablement votre perspective et vos capacités d'analyse.
- Forger votre esprit critique : ne vous contentez pas de mémoriser des faits, mais exercez-vous à analyser les causes et les conséquences des événements géopolitiques sur les entreprises. Entraînez-vous à émettre des recommandations argumentées pour le management.
Filières BTS liées et points de vigilance
| Filière | Lien avec l'actualité | Enjeux | Notions clés |
|---|---|---|---|
| BTS MCO | Compréhension des marchés internationaux et de l'impact des crises sur le commerce. | Adapter l'offre et la demande aux contextes géopolitiques changeants ; gestion de la relation client internationale. | Veille concurrentielle ; marketing international ; gestion des stocks et de la chaîne d'approvisionnement. |
| BTS NDRC | Négociation dans un contexte international risqué ; gestion de la relation client export. | Sécuriser les ventes à l'étranger ; comprendre les régulations douanières et sanctions. | Prospection internationale ; techniques de vente à l'export ; assurances-crédit. |
| BTS CI | Gestion des flux internationaux, douanes, logistique globale. | Maîtriser les incoterms, les embargos, les nouvelles routes commerciales perturbées par les conflits. | Réglementation douanière ; logistique internationale ; gestion des risques de transport. |
| BTS CG | Analyse financière des risques internationaux, impact des dévaluations monétaires. | Évaluer la solidité financière des partenaires étrangers ; gestion des devises. | Normes comptables internationales ; analyse des flux financiers ; gestion du risque de change. |
| BTS GTLA | Optimisation des chaînes logistiques face aux perturbations géopolitiques. | Sécuriser les approvisionnements et les livraisons ; anticiper les congestions et les ruptures. | Stratégie d'approvisionnement ; gestion des transports multimodaux ; traçabilité.
Repères
- 2024 : 35 % des pays sont classés à risque élevé ou très élevé selon le baromètre risque Coface.
- 2019 : 28 % des pays étaient classés à risque élevé ou très élevé selon le baromètre risque Coface.
- 2022 : Année du retrait massif des entreprises occidentales de Russie.
- 60 milliards de dollars : Coût estimé des dépréciations pour les 5 majors pétrolières et grandes ETI françaises suite au retrait de Russie post-2022.
- 5 : Nombre de majors pétrolières et grandes ETI françaises citées (Renault, Société Générale, TotalEnergies et deux autres non spécifiées dans la source) ayant subi des pertes.
- 4 : Nombre de catégories principales de risque pays identifiées (politique, économique, sécuritaire, juridique).
- 6 : Nombre de dimensions de gouvernance évaluées par les World Governance Indicators de la Banque mondiale.




