Un mot souvent mal compris
Penser complexe ne signifie pas s'exprimer de manière compliquée.
Cela signifie refuser de réduire un phénomène à une seule cause, une seule opposition, une seule explication.
Un séjour décisif
En 1969, Edgar Morin part en Californie, au Salk Institute de La Jolla, près de San Diego — institut fondé en 1960 par Jonas Salk, inventeur du premier vaccin contre la poliomyélite.
Il y côtoie un bouillon intellectuel rare : Jacques Monod, prix Nobel de médecine, Jacob Bronowski, Gregory Bateson, l'université de San Diego, Herbert Marcuse, la contre-culture, les Black Panthers, la guerre du Vietnam, les communautés expérimentales.
Ce que ce mélange lui apprend
Les phénomènes vivants ne sont pas linéaires. Une cause ne produit pas simplement un effet. Les effets deviennent parfois causes à leur tour.
C'est la récursion organisationnelle : les individus produisent la société, mais la société produit aussi les individus.
Une idée très utile pour les organisations
Une école façonne ses étudiants, mais les étudiants transforment aussi l'école. Une entreprise forme ses salariés, mais les salariés construisent sa culture. Une société crée des normes, mais les individus peuvent les modifier.
Le principe hologrammatique
Dans un hologramme, chaque point contient l'information du tout. En biologie, chaque cellule contient l'ensemble du matériel génétique. En sociologie, chaque individu porte une part de la société.
Cela oblige à penser les relations entre la partie et le tout, au lieu de les opposer.
Accepter l'incertitude
Jacques Monod insiste sur le rôle du hasard dans la vie. Morin comprend que les systèmes vivants, sociaux ou politiques comportent des aléas, des contradictions, des rétroactions.
Vouloir tout contrôler par des catégories simples conduit à l'erreur.
Contre les débats binaires
Pour ou contre, progrès ou déclin, liberté ou sécurité, technologie ou humanité : les discussions contemporaines sont souvent binaires.
Morin invite à faire mieux : regarder les ambivalences, les contextes, les effets secondaires, les interdépendances.
Une compétence professionnelle
Un problème d'entreprise n'a presque jamais une seule cause. Une baisse de ventes peut venir du prix, du produit, de l'équipe, du marché, de la communication, du stock, de la saison, de la concurrence.
Penser complexe, c'est devenir professionnel.
Ce que cela éclaire pour les BTS AURLOM
| Filière BTS | Ce que cela permet d'éclairer |
|---|---|
| BTS GPME | Comprendre une organisation comme système. |
| BTS SAM | Coordination, interactions, boucles de décision. |
| BTS Communication | Éviter les messages simplistes. |
| BTS MCO | Analyse client, concurrence, équipe, offre. |
| BTS NDRC | Vente complexe, parties prenantes, contexte. |
| BTS SIO | Systèmes, réseaux, interdépendances. |
| BTS SP3S | Situations sociales multifactorielles. |
Lecture concours / entretien
- Pour sortir des raisonnements simplistes.
- Pour comprendre les organisations.
- Pour mobiliser une grande référence contemporaine.
- Pour penser crise, incertitude et interdépendance.
- Pour améliorer la qualité des analyses à l'oral.
Question type concours
Pourquoi le monde contemporain exige-t-il une pensée complexe ?
Mini plan de réponse :
- Les phénomènes sociaux et techniques sont interdépendants.
- Les explications linéaires deviennent insuffisantes.
- La pensée complexe intègre hasard, rétroaction et incertitude.
À retenir
- Le séjour californien de 1969 est décisif pour Morin.
- Le Salk Institute croise biologie, cybernétique et sciences humaines.
- La complexité refuse les oppositions binaires.
- La récursion montre que les effets peuvent devenir causes.
- Penser complexe est une compétence professionnelle.







