Choisir l'ampleur à l'ère des formats courts

Dans une époque de posts, de vidéos verticales et d'attention fragmentée, publier un premier roman de 784 pages ressemble presque à une provocation. Élise Lespade choisit l'ampleur. Elle ne cherche pas à livrer un récit rapide, consommable en un trajet. Elle construit un monde familial dense, traumatique, labyrinthique.

Paradisi gloria est publié par Le Cercle ouvert, nouvelle maison d'édition lançant ses premiers titres dans une période difficile pour le livre.

Un roman sur la transmission du mal

Le récit suit une famille ravagée par les non-dits, les mensonges, les violences et les transmissions destructrices. Une jeune femme, Zoé, écrit depuis la prison à une psychiatre liée à son oncle Gaspard. Son père Dimitri, pilote de chasse devenu prêtre, incarne l'un des personnages les plus troubles. L'écriture remonte la chaîne du mal, maillon après maillon.

Sept ans, un plan, et beaucoup de renoncements

L'autrice explique avoir commencé à écrire à 20 ans, sans jamais aller au bout de ses projets précédents. Elle décide cette fois de bâtir un plan préalable, en reprenant des éléments de romans abandonnés. Le livre devient le but numéro un de sa vie pendant sept ans. Elle évoque des petits jobs, de l'intérim, une période au RSA, et l'écriture comme centre de gravité.

Ce parcours dit quelque chose d'important : certains projets demandent une endurance radicale. On parle beaucoup de réussite rapide, de lancement, de visibilité. Mais certains travaux se construisent dans la durée, l'échec, la reprise, la solitude, la patience. Un roman de 784 pages n'est pas une improvisation. C'est une architecture.

Fiction contre autofiction

Élise Lespade refuse l'idée que le roman devrait être autofictionnel. Ce qui l'intéresse, c'est la fiction romanesque, la possibilité de se laisser surprendre par des personnages qui prennent vie et se rebellent contre le plan initial. Une leçon utile pour tout projet : une création se planifie, mais elle doit rester ouverte.

L'empathie comme méthode

La valeur qui guide son écriture est l'empathie. Elle revendique de ne pas juger ses pires personnages. Le mal n'est jamais absolu : chacun paie les pots cassés d'une transmission familiale viciée. Comprendre ne veut pas dire excuser. Mais juger trop vite empêche de voir les causes, les chaînes, les blessures.

Pour AURLOM BTS+, ce sujet touche l'édition, la communication, la culture générale, la psychologie et le social, mais aussi la méthode. Écrire un grand roman, comme monter un projet professionnel ambitieux, demande un plan, du temps, des échecs, des reprises, une voix, une vision. L'endurance créative est une compétence rare — et elle vaut aussi pour un étudiant qui prépare un diplôme, un concours ou une alternance.

Ce que cela éclaire pour les BTS AURLOM

Filière BTSEnjeu concret
BTS ÉditionPremier roman, maison, manuscrit
BTS CommunicationLancement, presse, récit d'auteur
BTS SAMMéthode, plan, organisation
BTS SP3STrauma, famille, transmission
BTS MCOLibrairie, mise en avant
BTS NDRCRelation éditeur-libraire
BTS AudiovisuelPotentiel d'adaptation

Lecture concours / entretien

Pourquoi c'est utile ?

  • Pour parler du travail long derrière une œuvre.
  • Pour montrer que la fiction peut explorer les transmissions familiales.
  • Pour relier édition, création et endurance.
  • Pour réfléchir à l'empathie envers des personnages moralement difficiles.
  • Pour valoriser la méthode dans tout projet ambitieux.

Question type concours

Comprendre un personnage moralement trouble, est-ce déjà l'excuser ?

Mini plan de réponse :

  1. La fiction permet de saisir la complexité des trajectoires.
  2. L'empathie n'efface pas la responsabilité.
  3. Comprendre aide à dépasser le jugement simpliste.

À retenir

  • Paradisi gloria compte 784 pages.
  • L'autrice a mis sept ans à l'écrire.
  • Le roman explore la transmission familiale du mal.
  • Elle revendique l'empathie pour ses personnages.
  • La création exige endurance et méthode.