L'actualité des relations entre la France et l'Algérie en 2026 offre un cas d'école sur l'imbrication des enjeux de souveraineté, de justice et de sécurité. Entre blocages migratoires et condamnations d'intellectuels, tour d'horizon d'un dossier complexe.

Une coopération à l'arrêt malgré les voyages officiels

Le 16 février 2026, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est rendu à Alger pour rencontrer son homologue algérien Saïd Sayoud. L'objectif : relancer une « coopération sécuritaire de très haut niveau » avec le régime du président Abdelmadjid Tebboune, en place depuis le 19 décembre 2019. Les premiers résultats sont maigres. D'après les chiffres consultés par le Journal du Dimanche, seulement 29 laissez-passer consulaires ont été délivrés, n'ayant abouti qu'à 19 éloignements concrets.

Le contraste est saisissant avec la pression sur les centres de rétention administrative (CRA), qui comptent moins de 2 000 places et accueillent aujourd'hui plus d'un demi-millier de ressortissants algériens. La durée moyenne de rétention atteint 56 jours, preuve d'une absence réelle de coopération. Sur les 18 consulats algériens présents en France, six « refusent de jouer le jeu », et celui de Strasbourg « se mure dans un mutisme total », selon une source au sein du ministère.

Des criminels à l'abri sur le sol algérien

Le cas de Moufide Bouchibi, dit « le Fantôme », est emblématique. Condamné par contumace en 2015, à Bordeaux, à vingt ans de prison pour l'importation de plusieurs dizaines de tonnes de résine de cannabis chaque année, il n'a pu être interpellé qu'en quittant l'Algérie pour Dubaï. Il avait acquis dans la province de Sétif une villa et un hôtel évalués à plus de 10 millions d'euros. Une convention bilatérale d'extradition signée en janvier 2019 par Nicole Belloubet et Tayeb Louh n'a, de fait, jamais véritablement fonctionné.

L'affaire Manon Relandeau illustre une autre facette du dossier. Cette agricultrice de 31 ans, aperçue pour la dernière fois le 27 mars dernier à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atlantique), a disparu. Son compagnon Karim, 41 ans, a été interpellé en Algérie le 2 avril, accompagné de leur petite fille Inaya. C'est dans son pays que l'homme sera jugé.

La diplomatie des otages : trois écrivains visés

Le 22 avril 2026, Kamel Daoud, Prix Goncourt 2024 pour Houris (Gallimard), a été condamné à trois ans de prison par la justice algérienne. Il est aussi visé par deux mandats d'arrêt internationaux. Boualem Sansal, devenu académicien français, a été détenu un an dans une quasi-indifférence. Le journaliste Christophe Gleizes, collaborateur des magazines So Foot et Society, né à Agen, a vu sa peine de sept ans de prison confirmée en décembre par la cour d'appel de Tizi Ouzou pour avoir réalisé un reportage sur la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK).

Le poète Kamel Bencheikh résume la stratégie d'Alger : le pouvoir « ne supporte pas les voix libres - surtout lorsqu'elles portent au-delà de ses frontières ». Ces affaires révèlent comment un État peut instrumentaliser sa justice pour exercer une pression diplomatique sur un pays voisin.

Vocabulaire diplomatique à connaître

Notion cléDéfinition opérationnelle
Laissez-passer consulaireDocument émis par un consulat permettant le retour d'un ressortissant ; il conditionne l'effectivité d'une OQTF.
OQTFObligation de quitter le territoire français : décision administrative d'éloignement.
CRACentre de rétention administrative : lieu d'attente avant éloignement, capacités limitées (moins de 2 000 places en France).
Convention bilatéraleAccord entre deux États ; ici, la convention d'extradition de janvier 2019, restée sans effets concrets.
Diplomatie des otagesStratégie consistant à condamner des ressortissants étrangers pour exercer une pression sur leur pays d'origine.

Ce que cela éclaire pour les BTS AURLOM

Filière BTSEnjeu pédagogique concret
BTS Notariat / Professions juridiquesComprendre les hiérarchies de normes, les conventions internationales et les limites de l'extradition.
BTS Commerce internationalMesurer combien la diplomatie pèse sur les échanges commerciaux et la circulation des personnes.
BTS COMAnalyser une communication de crise étatique : silences, contradictions, mises en récit.
BTS TourismeAnticiper l'impact d'une crise diplomatique sur les flux de voyageurs et la délivrance de visas.
BTS BanqueIdentifier les risques de gel d'avoirs et la conformité bancaire dans les contextes de tension.

Vigilances pour ne pas traiter le sujet superficiellement

Évitez de réduire la crise à un affrontement entre deux personnes (Macron et Tebboune). Le sujet fait intervenir des institutions, des accords historiques (notamment l'accord franco-algérien de 1968 et celui de 1994), des dynamiques migratoires anciennes et des intérêts économiques. Évitez aussi de faire l'amalgame entre la diaspora algérienne - estimée à environ 3 millions de personnes en France, dont 900 000 immigrés et 1,2 million de descendants de deuxième génération - et le régime algérien.

Ne tombez pas dans le piège des chiffres approximatifs : Tebboune a évoqué en 2020 « 6 millions d'Algériens en France », chiffre clairement faux. Citez plutôt les sources (Insee, ministère de l'Intérieur, OID) et précisez les périodes.

Méthode pour l'oral

Construisez votre réponse en trois temps. D'abord, exposez les faits concrets et chiffrés (29 laissez-passer, 19 éloignements, 22 avril 2026 pour la condamnation de Kamel Daoud). Ensuite, montrez la complexité : l'Algérie est à la fois un partenaire historique et un pays qui exerce une pression diplomatique. Enfin, ouvrez sur le métier visé.

Exemple de réponse : « La crise franco-algérienne de 2026 montre comment un État peut bloquer la coopération judiciaire et migratoire malgré des conventions signées. C'est un sujet qui m'intéresse en tant que futur professionnel du commerce international, parce qu'il rappelle que la stabilité diplomatique conditionne largement la possibilité d'échanger, de voyager et de travailler entre deux pays. »

« Le pouvoir algérien ne supporte pas les voix libres - surtout lorsqu'elles portent au-delà de ses frontières. »