Je vais être parfaitement transparent : je connais beaucoup mieux l'IÉSEG, l'ESSCA et l'ESDES qu'Excelia Business School.

Je pourrais reprendre le communiqué de presse, saluer l'élargissement du Concours ACCÈS et conclure que tout cela est formidable. Ce serait simple, confortable et assez convenu. Mais ce n'est pas ce que j'ai envie de faire.

L'arrivée d'Excelia dans le Concours ACCÈS constitue une évolution suffisamment importante pour que l'on prenne le temps de l'analyser. Non pas pour instruire un procès contre Excelia, que je ne connais pas encore assez pour porter un jugement définitif, mais pour poser ouvertement les questions que les candidats, les familles et les professionnels de l'orientation sont en droit de se poser.

Car une école ne rejoint jamais une banque de concours uniquement parce qu'elle partage des valeurs humanistes avec ses membres. Derrière les discours institutionnels, il existe nécessairement des enjeux de recrutement, de visibilité, de sélectivité et de positionnement. Il n'y a rien de choquant à cela. Encore faut-il accepter d'en parler.

Ce que l'on sait officiellement

À partir de la session 2027, Excelia Business School rejoindra le Concours ACCÈS, qui réunira désormais quatre écoles : L'ESDES ; L'ESSCA ; Excelia Business School ; L'IÉSEG.

Les lycéens pourront candidater à ces quatre Programmes Grande École (PGE) post-bac par l'intermédiaire de Parcoursup. Les admissions sur titre seront également ouvertes aux étudiants titulaires d'un Bac+2 ou d'un Bac+3.

Le communiqué de presse présente cette arrivée comme la conséquence d'une grande proximité entre les quatre établissements : humanisme, ouverture internationale, exigence académique, responsabilité, accompagnement personnalisé et attention portée à la réussite des étudiants. Je n'ai aucune raison de mettre en doute la sincérité de ces engagements.

Chiffres clés du nouvel ensemble (horizon 2027)

IndicateurValeur
Nombre de diplômés54 000
Nombre de campus (France et international)19
Spécialisations et doubles diplômes65
Enseignants permanents602
Associations étudiantes212
Diplômés en CDI en moins de trois mois95 %

Les quatre écoles sont par ailleurs présentées comme membres de la Conférence des grandes écoles, qualifiées EESPIG et détentrices des principales accréditations internationales. Sur le papier, l'ensemble est donc solide. Mais un communiqué de presse raconte toujours la version la plus harmonieuse d'une décision. Mon rôle, en tant que professionnel de l'orientation, est aussi d'examiner ce qui se trouve derrière cette façade institutionnelle.

Une école encore à découvrir pour Aurlom

Je préfère le dire clairement plutôt que de jouer au spécialiste universel : je ne connais pas encore Excelia aussi bien que les autres écoles du Concours ACCÈS. Je connais naturellement son existence, son histoire, ses campus et son positionnement. Je sais également qu'Excelia dispose de reconnaissances académiques sérieuses et qu'elle ne peut pas être assimilée à une petite école privée apparue récemment sur le marché.

Mais je ne connais pas encore suffisamment, dans le détail : La qualité réelle de l'expérience étudiante sur chacun de ses campus ; Le niveau académique moyen des promotions post-bac ; * L'homogénéité de l'enseignement entre La Rochelle, Tours et Paris-Cachan ;

  • La puissance effective de son réseau auprès des recruteurs ; La sélectivité réelle de son Programme Grande École ; La valeur de la marque Excelia dans les différents secteurs professionnels ; * Les écarts éventuels entre les promesses institutionnelles et la réalité quotidienne des étudiants.

Je ne vais donc ni encenser Excelia par réflexe, ni la dévaloriser par méconnaissance. En revanche, son arrivée dans ACCÈS m'intéresse énormément, parce qu'elle modifie l'équilibre d'un concours historiquement construit autour de trois écoles.

Les raisons stratégiques de l'arrivée d'Excelia

La réponse officielle est simple : Excelia partagerait les mêmes standards académiques et la même vision éducative que l'IÉSEG, l'ESSCA et l'ESDES. Je peux parfaitement l'entendre. Mais je pense qu'il existe aussi une raison beaucoup plus pragmatique : Excelia a probablement besoin d'accélérer la reconnaissance de son Programme Grande École post-bac.

Il faut distinguer deux choses : une école peut être reconnue par les professionnels de l'enseignement supérieur tout en restant relativement peu connue des lycéens et de leurs parents. Or, sur le marché post-bac, la notoriété spontanée joue un rôle immense.

Quand une famille réfléchit à un PGE en cinq ans, certaines marques arrivent immédiatement à l'esprit. L'IÉSEG et l'ESSCA disposent aujourd'hui d'une visibilité très importante sur ce segment. Rejoindre ACCÈS permet donc à Excelia de bénéficier immédiatement : De la notoriété du concours ; De sa présence très forte sur Parcoursup ; * D'un vivier de près de 9 900 candidats par an ;

  • D'un processus d'admission déjà compris par les familles ; D'une association symbolique avec l'IÉSEG et l'ESSCA ; D'une meilleure visibilité auprès des lycées et des prescripteurs.

C'est une décision très intelligente, mais il faut la nommer pour ce qu'elle est aussi : une opération de repositionnement et de recrutement.

Ce qu'Excelia apporte au Concours ACCÈS

Pourquoi l'IÉSEG, l'ESSCA et l'ESDES ont-elles décidé d'ouvrir leur concours ? Le Concours ACCÈS dispose d'une marque très forte, mais il ne réunissait jusqu'à présent que trois établissements. Face à lui, le Concours SESAME propose une offre beaucoup plus large.

ACCÈS devait donc probablement résoudre une équation stratégique : augmenter le nombre de formations et de campus proposés sans perdre la cohérence ni le niveau académique. Excelia semble apporter une réponse intéressante en permettant au concours : D'augmenter son nombre d'écoles ; D'élargir sa couverture territoriale ; D'intégrer de nouveaux campus ; De proposer davantage de spécialisations ; * D'apparaître plus puissant face aux autres concours post-bac.

Une alliance de valeurs et d'intérêts

Je ne crois pas qu'il faille opposer brutalement la pédagogie et la stratégie. Une école peut sincèrement défendre l'accompagnement des étudiants tout en cherchant à augmenter son nombre de candidatures.

À mes yeux, Excelia apporte à ACCÈS ses campus, son réseau et sa crédibilité académique. ACCÈS apporte à Excelia sa notoriété post-bac et l'effet de confiance produit par la proximité avec l'IÉSEG et l'ESSCA. C'est un échange de valeur parfaitement rationnel. Nous parlons aussi d'un marché de plusieurs centaines de millions d'euros où il faut convaincre les candidats dans un contexte de concurrence forte.

Le risque de l'uniformisation visuelle

C'est probablement le point sur lequel je serai le plus vigilant. Le fait que quatre écoles appartiennent au même concours ne signifie pas qu'elles deviennent interchangeables. Elles ne possèdent pas nécessairement la même notoriété, la même sélectivité, ni les mêmes débouchés.

Un candidat ne s'inscrit pas dans "ACCÈS" pendant cinq ans. Il s'inscrit dans une école précise, sur un campus précis, avec des frais de scolarité bien réels. L'appartenance au même concours facilite la candidature, mais elle ne garantit pas une équivalence parfaite entre les établissements.

Les questions en suspens pour 2027

  1. La notoriété du PGE post-bac : je souhaiterais disposer de données précises sur l'évolution du nombre de candidats et le taux de remplissage des différents campus.
  2. L'enjeu du volume pour ACCÈS : l'arrivée d'une quatrième école vise-t-elle à recruter davantage ou simplement à offrir plus de choix ? 3. Le positionnement d'Excelia : sera-t-elle perçue comme une école comparable à l'IÉSEG ou comme un choix de sécurisation ? 4. L'homogénéité de l'expérience : je souhaiterais connaître, campus par campus, les effectifs, les infrastructures et les taux d'insertion réels.
  3. La transparence : le discours global ne devra pas remplacer l'analyse individuelle de chaque école.

L'avis d'Aurlom : entre optimisme et vigilance

À ce stade, mon avis est plutôt positif, mais vigilant. Je ne vois aucune raison sérieuse de considérer qu'Excelia n'aurait pas la légitimité académique nécessaire. L'arrivée d'une quatrième école peut être bénéfique pour les candidats grâce à une meilleure couverture géographique et plus de spécialisations.

Cependant, il existe des raisons commerciales évidentes. Excelia a intérêt à bénéficier de la marque ACCÈS, et ACCÈS a intérêt à augmenter sa taille. La seule question qui compte est de savoir si cette alliance profitera d'abord aux étudiants ou au remplissage des promotions.

Conseils aux familles et candidats

Je dirais aux familles de ne pas écarter Excelia par méconnaissance : l'école mérite d'être étudiée sérieusement. Mais je leur dirais également de ne pas la choisir uniquement parce que son logo voisine celui de l'IÉSEG. Avant de valider un vœu, examinez concrètement : Le campus proposé et sa localisation ; Le coût total des cinq années d'études ; La possibilité d'alternance ; Les destinations internationales réelles ; * La puissance du réseau des diplômés.

Le concours est une porte d'entrée ; ce n'est pas une garantie automatique que toutes les pièces de la maison sont identiques.

Conclusion : ouvrir le débat

Mon objectif n'est pas de mettre Excelia en accusation. Il est possible qu'en approfondissant mon analyse, je découvre une école plus solide encore que sa notoriété actuelle. Mais mon rôle de Chargé(e) d'Admission et de directeur d'institut est de poser les questions que les familles n'osent pas toujours formuler sur les objectifs réels de telles opérations.

Je serai attentif aux résultats des premières sessions de 2027. Il serait naïf de présenter cette arrivée comme une simple communion de valeurs : il s'agit d'une consolidation stratégique. Cela ne me gêne pas, à condition que les candidats soient les premiers bénéficiaires de cette nouvelle alliance.

Franck Attelan Directeur d'Aurlom Éducation