Estimer le coût net de l'immigration pour les finances publiques exige une rigueur méthodologique et une lecture critique des données. Pour les étudiants en BTS, c'est un excellent terrain pour développer son esprit d'analyse économique et statistique.

Une estimation prudente : 2 milliards d'euros pour le seul accord de 1968

En octobre dernier, le député Charles Rodwell a publié un rapport parlementaire évaluant à 2 milliards d'euros par an le coût imputable au seul accord franco-algérien de 1968. Cette estimation, présentée comme « volontairement très prudente », reflète aussi la difficulté de l'exercice : selon Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) et auteur de Immigration, mythes et réalités, « les administrations ont souvent rechigné à fournir des données tangibles ». Le sujet illustre une réalité du débat public : la qualité des chiffres conditionne la qualité du débat démocratique.

Surconsommatrice de dépenses, sous-contributrice aux recettes

Selon l'OID, près de 40 % des ressortissants algériens vivant en France ne sont ni en emploi, ni en études, ni à la retraite. Le taux de chômage des immigrés algériens est le double du niveau moyen, et la moitié d'entre eux vivent en logement social.

La situation se prolonge sur la deuxième génération : le taux de chômage des descendants d'immigrés algériens reste plus élevé qu'à la « première génération », et la part des occupants de HLM (44 %) demeure quasi inchangée. L'accord de 1968 offre un cadre dérogatoire : pour bénéficier du RSA, par exemple, les Algériens sont dispensés de détenir depuis au moins cinq ans un titre de séjour permettant de travailler. Cela leur permet de le percevoir très rapidement après leur arrivée en France.

Une diaspora de trois millions de personnes

La diaspora algérienne en France compterait près de trois millions de personnes :

  • Environ 900 000 immigrés stricto sensu ; - 1,2 million de descendants d'immigrés de « deuxième génération » ;
  • Au moins 600 000 descendants de troisième génération.

À lui seul, notre pays octroie les deux tiers des nouveaux titres de séjour accordés aux Algériens dans l'ensemble de l'Union européenne. Et les Algériens sont aussi les plus nombreux parmi les étrangers interpellés en situation irrégulière, avec une hausse de 50 % sur la seule année dernière. Côté pénitentiaire, le nombre d'Algériens écroués en France a doublé en dix ans. Ils sont désormais plus nombreux, à eux seuls, que les étrangers écroués issus de tous les pays de l'Union européenne réunis.

Le budget global de l'immigration irrégulière

Au-delà du seul cas algérien, le budget alloué à la gestion de l'immigration irrégulière en France avoisine 2,16 milliards d'euros en 2026, avec des coûts sociaux estimés à 1,8 milliard d'euros par an. À titre de comparaison, certaines prisons européennes affichent des taux d'étrangers très élevés : jusqu'à 72 % en Suisse comme en Grèce. Ces chiffres alimentent un débat public que tout citoyen - et tout étudiant - gagne à savoir lire.

Vocabulaire économique à maîtriser

Notion cléDéfinition opérationnelle
Solde migratoireDifférence entre les entrées et les sorties d'un pays sur une période donnée.
Recettes / dépenses publiquesPrélèvements (impôts, cotisations) versus dépenses (prestations sociales, services publics) imputables à une population.
RSARevenu de solidarité active : minimum social conditionné à la régularité du séjour pour les étrangers.
Regroupement familialProcédure permettant à un étranger résident en France de faire venir sa famille proche.
Première / deuxième générationDistinction démographique entre immigrés nés à l'étranger et descendants nés en France.

Ce que cela éclaire pour les BTS Aurlom

Filière BTSEnjeu pédagogique concret
BTS Comptabilité GestionApprendre à lire un rapport parlementaire, mesurer écarts et incertitudes méthodologiques.
BTS BanqueComprendre la structure des prestations sociales et l'impact macroéconomique des politiques migratoires.
BTS SP3S / ESFSaisir les enjeux d'accès aux droits, de logement social et d'accompagnement des publics.
BTS NotariatMaîtriser les régimes différenciés d'accès à la résidence et au regroupement familial.
BTS TourismeDistinguer flux touristiques, migratoires et professionnels dans les statistiques publiées.

Vigilances pour ne pas traiter le sujet superficiellement

Ne mélangez pas les notions : un coût « brut » n'est pas un coût « net ». Distinguez aussi les ressortissants en situation régulière, irrégulière, et les descendants français. Les chiffres de l'OID sont contestés par d'autres centres de recherche : citez vos sources et acceptez la pluralité des estimations.

Évitez surtout de réduire un débat statistique à un jugement moral. Une analyse économique sérieuse expose les hypothèses, les méthodes, et reconnaît les marges d'erreur. C'est un exercice exigeant, particulièrement formateur pour les filières économiques et juridiques.

Méthode pour l'oral

Posez d'abord le cadre : qui produit les chiffres (rapport Rodwell, OID, Cour des comptes), sur quelle période, avec quelle méthode. Ensuite, présentez les données les plus établies (3 millions de personnes dans la diaspora, 2,16 milliards d'euros pour la gestion de l'immigration irrégulière en 2026). Concluez sur les choix politiques que ces chiffres rendent visibles.

Exemple de réponse : « Quand on parle du coût de l'immigration, on parle en réalité de plusieurs choses : un coût budgétaire direct, un coût social, mais aussi des recettes fiscales générées. C'est exactement le type de raisonnement qu'on apprend en BTS Comptabilité Gestion : lire un chiffre, comprendre comment il a été calculé, et savoir le replacer dans son contexte. En dix ans, le nombre d'Algériens écroués dans les prisons françaises a doublé. »