Le dollar, encore hégémonique
Le dollar américain reste largement dominant dans le système monétaire international. Représentant une puissance économique et géopolitique historique, il continue de s'imposer comme la monnaie de référence. En 2024, il représente 58 % des réserves de change mondiales, un chiffre qui, malgré un léger recul, témoigne de sa prépondérance. Il intervient également dans 88 % des transactions de change selon les données de la Banque des Règlements Internationaux (BIS), prouvant son rôle central dans la fluidité des échanges financiers. De plus, environ 50 % du commerce mondial est libellé en dollars selon SWIFT, soulignant son importance capitale pour les échanges de biens et services. Actuellement, aucune autre monnaie ne peut rivaliser avec cette hégémonie écrasante du dollar américain, qui bénéficie de la profondeur des marchés financiers des États-Unis et de la confiance des acteurs économiques mondiaux.
La "dédollarisation" en discussion
Cependant, depuis 2022, un mouvement de "dédollarisation" gagne du terrain. Suite aux sanctions prises à l'encontre de la Russie et au gel d'environ 300 Md USD de réserves russes, plusieurs pays ont commencé à chercher des alternatives pour diversifier leurs avoirs et réduire leur dépendance vis-à-vis du dollar. Les pays membres des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, et les nouveaux entrants de 2024 comme l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis) sont particulièrement actifs dans cette démarche. L'Arabie saoudite, traditionnellement alignée sur le dollar pour ses transactions pétrolières, explore également de nouvelles options. L'Argentine, elle aussi, a montré des signes d'intérêt pour la diversification. La Chine, en particulier, joue un rôle moteur en multipliant les initiatives. Elle a notamment signé des accords bilatéraux en yuan avec plus de 30 pays, visant à promouvoir l'usage de sa monnaie dans le commerce international et les investissements, marquant ainsi une volonté claire de renforcer son influence monétaire. Cette tendance, bien que naissante, révèle une volonté de plusieurs nations de limiter les risques liés à la domination exclusive du dollar.
Où en est-on vraiment ? Le recul progressif du dollar
Malgré son statut de pilier du système financier international, le dollar connaît un recul progressif, mais significatif, dans certaines fonctions clés. Voici un aperçu de la situation en 2024 et de l'évolution depuis l'an 2000 : | Fonction du dollar | Situation 2024 | Recul depuis 2000 | |---|---|---| | Réserves de change | 58 % | -13 points | | Facturation commerce | 50 % | Stable | | Marché des changes | 88 % | -2 points | | Émissions obligataires internationales | 60 % | Stable | | Réserves petro-liées | Majoritaire | Léger recul |
Ce tableau met en évidence que la part du dollar dans les réserves de change mondiales a diminué de 13 points depuis 2000, passant de 71 % à 58 %. Si sa position dans le marché des changes reste très forte avec 88 %, il est important de noter une légère baisse de 2 points sur la même période. En revanche, le dollar maintient sa stabilité en tant que monnaie de facturation du commerce mondial (50 %) et pour les émissions obligataires internationales (60 %), ce qui atteste de la confiance persistante des investisseurs et des entreprises. Toutefois, même dans les réserves pétrolières, où il est traditionnellement majoritaire, un léger recul est observé, suggérant une diversification progressive des acteurs majeurs du secteur énergétique.
Les alternatives crédibles : Une compétition embryonnaire
Face à cette volonté de diversification, plusieurs alternatives s'offrent, bien qu'aucune ne soit en mesure de rivaliser immédiatement avec l'omniprésence du dollar. L'Euro, par exemple, représente environ 20 % des réserves mondiales, ce qui en fait la deuxième monnaie de réserve. Cependant, l'Euro est sujet à des fragilités budgétaires au sein de la zone euro, qui freinent son développement international. Le Yuan chinois, bien qu'en forte progression, ne représente que 2,7 % des réserves mondiales en 2024. Sa non-convertibilité totale reste un frein majeur à son adoption massive par les banques centrales et les acteurs du commerce international. L'Or, valeur refuge par excellence, refait surface comme une alternative sérieuse : il représenterait environ 20 % des réserves selon les estimations du FMI, et les banques centrales ont augmenté leurs achats de +40 % en 2023, signe d'une volonté de diversification tangible. Enfin, les Monnaies Numériques de Banques Centrales (CBDC), avec des projets ambitieux en Chine (e-CNY, déjà lancé et testé auprès de millions de citoyens chinois) et en Europe (Euro numérique par la BCE), sont en cours de développement. Ces initiatives pourraient, à terme, modifier le paysage monétaire international, mais leur impact réel reste à évaluer à l'horizon 2030 et au-delà.
Un basculement lent : La résilience du dollar
Malgré les efforts de dédollarisation, un remplacement systémique du dollar n'est pas à prévoir à court ou moyen terme. L'histoire monétaire nous enseigne qu'un système monétaire international ne se remplace pas en une décennie, mais plutôt sur plusieurs générations, comme ce fut le cas lors du passage de la Livre Sterling au dollar après la Seconde Guerre Mondiale. Le dollar reste inévitable pour le commerce des matières premières, notamment le pétrole, en raison de l'ancrage historique du "pétrodollar" établi dans les années 1970. La profondeur et la liquidité des marchés obligataires américains, en particulier ceux des bons du Trésor, offrent une sécurité et une possibilité d'investissement inégalées, attirant les capitaux du monde entier. Enfin, l'absence d'alternative aussi liquide, stable et internationalement acceptée, freine le mouvement de dédollarisation. Le débat sur la dédollarisation est donc ouvert, mais la bascule reste hypothétique et ne pourra se faire que sur une période beaucoup plus longue, potentiellement au-delà de 2050, sauf événement géopolitique majeur imprévu.
La boussole Aurlom
La question de la dédollarisation est un sujet au carrefour de la géopolitique, de la finance internationale et de l'économie mondiale. Pour vous, futurs professionnels issus des filières Aurlom, comprendre ces dynamiques est essentiel. Elles forgent les environnements dans lesquels vous évoluerez et influenceront les stratégies des entreprises, des banques et des États. Ne vous contentez pas d'apprendre les rouages techniques : développez votre culture générale économique, analysez les rapports de force et anticipez les mutations. C'est votre capacité à contextualiser qui fera la différence sur le marché du travail.
- Développez votre culture générale économique et géopolitique : La dédollarisation n'est pas seulement un sujet financier ; c'est une manifestation des rivalités entre blocs de puissance. Maîtrisez les concepts clés de l'économie internationale, les institutions (FMI, BIS, SWIFT) et les acteurs majeurs (BRICS+).
- Mobilisez les chiffres et les faits en toutes circonstances : Des pourcentages de réserves aux montants gelés, les données chiffrées sont vos meilleurs alliés pour argumenter et structurer vos analyses, notamment lors des oraux ou pour des dossiers professionnels. Précisez toujours vos sources fiables.
- Exercez votre esprit critique face aux prophéties : Le remplacement d'un système monétaire international est un processus séculaire. Distinguez les tendances de long terme des annonces sensationnelles et apprenez à pondérer les informations, un atout précieux pour les épreuves de synthèse.
- Faites de la veille sectorielle un réflexe : Suivez l'actualité des monnaies numériques de banques centrales (CBDC) et des accords bilatéraux en monnaies locales. Cette veille alimentera votre dossier professionnel et montrera votre proactivité.
- Préparez-vous aux épreuves orales : Lors des entretiens ou des grands oraux, votre capacité à présenter un sujet complexe comme la dédollarisation de manière claire, structurée et argumentée sera déterminante. Entraînez-vous à synthétiser et à exposer votre point de vue avec assurance.
Filières BTS liées et points de vigilance
| Filière | Lien avec l'actualité | Enjeux | Notions clés |
|---|---|---|---|
| BTS CI (Commerce International) | Comprendre les risques de change, les pratiques de facturation en différentes devises et l'impact sur les transactions mondiales. | Gestion des risques de change, adaptation aux nouvelles zones d'influence économique, diversification des marchés cibles. | Taux de change, balance des paiements, Incoterms, zones monétaires. |
| BTS CG (Comptabilité et Gestion) | Maîtriser les impacts de la fluctuation des devises sur les états financiers des entreprises et la valorisation des actifs internationaux. | Consolidation des comptes en devises étrangères, évaluation des actifs et passifs multidevises, conformité aux normes comptables internationales. | Comptabilité des opérations en devises, normes IFRS, analyse financière. |
| BTS Banque | Analyser l'évolution des produits bancaires internationaux, des systèmes de paiement et des stratégies de couverture face à la diversification monétaire. | Maîtrise des instruments de financement internationaux, conseil client sur les placements en devises, conformité réglementaire. | Marchés des capitaux, produits dérivés, régulation bancaire, monnaies. |
| BTS MCO (Management Commercial Opérationnel) | Adapter les stratégies commerciales et de négociation face à des partenaires internationaux utilisant différentes monnaies ou cherchant à diversifier leurs règlements. | Négociation commerciale internationale, adaptation des offres de services aux contextes monétaires, veille concurrentielle globale. | Relation client, stratégie marketing, commerce équitable. |
| BTS MOS (Management Opérationnel de Sécurité) | Comprendre les risques géopolitiques et financiers liés aux mouvements de capitaux et aux sanctions économiques, impactant la sécurité des entreprises. | Analyse des menaces financières internationales, protection des actifs numériques, intelligence économique. | Géopolitique, cryptomonnaies, cybersécurité, blanchiment. |
Repères
- 2024 : Le dollar représente 58 % des réserves de change mondiales.
- 88 % : Part des transactions de change mondiales libellées en dollar (selon BIS).
- 50 % : Part du commerce mondial facturé en dollar (selon SWIFT).
- 2022 : Début de l'accélération de la "dédollarisation" suite aux sanctions contre la Russie.
- 300 Md USD : Montant des réserves russes gelées.
- +30 pays : Nombre de pays ayant signé des accords bilatéraux en yuan avec la Chine.
- -13 points : Recul de la part du dollar dans les réserves de change mondiales depuis l'an 2000.
- 20 % : Part de l'euro dans les réserves mondiales.
- 2,7 % : Part du yuan dans les réserves mondiales.
- +40 % : Augmentation des achats d'or par les banques centrales en 2023.




